Introduction à l’obstétrique en médecine traditionnelle chinoise
Par Elise Boghossian (Vol. 21 Sino Santé)
Au cours des dernières décennies, la médecine a évolué, et cette évolution s’accélère avec une sophistication de plus en plus marquée des méthodes diagnostiques et des approches thérapeutiques. Cette évolution a largement concerné la médecine de la femme dans ce qu’elle a de plus noble, l’obstétrique, et ce qu’on appelait autrefois « l’art des accouchements ». Nous ne pouvons que nous en réjouir puisque cela a permis d’améliorer le pronostic tout autant maternel que fœtal et néo-natal.
Les premiers documents écrits traitant d’obstétrique remontent à 1600 avant JC. Plus tard, d’autres mentions apparaissent dans le Huang Di Nei Jing Su Wen (500 av JC), et la première université médicale d’obstétrique est le Jing Xiao Chan Bao (600 ap JC). En 1237 naît le grand traité des prescriptions pour les femmes : le Chen Zi Ming.
L’enseignement de l’obstétrique s’organise officiellement en 1715, et les traités d’obstétrique se développent.
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Aujourd'hui l'acupuncture, classée à tort ou à raison parmi les médecines douces, a pris place dans un tel contexte, et nombreux sont les sages-femmes et médecins à l'avoir intégrée dans les maternités, avec son langage à priori ésotérique.
Chez la femme qui n’est pas enceinte, le Sang est la source de la menstruation ; pendant la grossesse, le Sang se rassemble pour nourrir le fœtus et il est aussi transformé en lait ». Ainsi, dans les circonstances normales, une grossesse ne va pas poser de problème à une femme en bonne santé. Cependant, si une femme a une tendance préexistante au Vide de Sang ou de Yin ou autre, alors des malaises peuvent survenir au cours de la grossesse car ces déficiences vont se trouver majorées.
Au cours de la grossesse, on traite en fait deux patients en même temps, et il est important de consolider le Qi originel du fœtus comme traitement préventif de la fausse couche. C’est pourquoi on adopte souvent le principe de traitement « calmer le fœtus » en plus des principes de nourrir le sang, tonifier le Rein, faire circuler le Qi, tonifier la Rate, etc., destinés à traiter la mère.
Pour cela nous sommes amenés à traiter en acupuncture, même en l’absence de signes de faiblesse ; l’exemple des points du « beau-bébé » piqués pendant la grossesse est un exemple.
Précautions à suivre dans le suivi de la grossesse
Le suivi par acupuncture et pharmacopée de la jeune mère peut se faire au plus tôt de la grossesse et cela est même conseillé. Cependant il est nécessaire de respecter certaines règles de base.
La grossesse est un mécanisme de concentration de Yin dans le pelvis. Ce Yin est maintenu à cet endroit et s’y organise grâce à un certain équilibre du Qi et du Sang. Les principales causes de menace pour une grossesse pouvant expliquer le mécanisme des fausses-couches sont les suivantes :
- un Yin insuffisant, ou perturbé par un excès de Yang qui aura tendance à le mettre en mouvement, voire à l’expulser ;
- un déséquilibre du Qi et du Sang (Xue) ;
- un important mouvement de Qi du haut vers le bas du corps qui, dans son impétuosité, peut entraîner avec lui (et donc expulser) le Yin qui s’accumule dans le pelvis.
Par conséquent, les traitements de la femme enceinte doivent absolument éviter toute technique ou choix de points qui pourraient induire un mécanisme tels que ceux que nous venons de signaler. D’où la notion de points interdits pendant la grossesse. Cette notion est temporaire, même d’un trimestre à l’autre. La technique de puncture utilisée et son contexte permettront de tirer le meilleur parti de l’acupuncture chez la femme enceinte.
Les règles à respecter seront donc les suivantes :
- éviter la mise en mouvement du Yin pelvien par une « injection » trop importante de Yang dans le pelvis ;
- éviter la désorganisation de l’équilibre Qi/Xue qui préside à chaque moment particulier de la grossesse ;
- éviter les grands mouvements de qi vers le bas.
Ces règles seront suivies avec plus de rigueur encore lorsque la grossesse est dite « précieuse » (grossesse par fécondation in vitro par exemple), sur un terrain fragile.
Exemples :
Certains points d’acupuncture peuvent être piqués et dispersés en fin de grossesse, car ils agissent sur le périnée, maturent le col et déclenchent les contractions. On utilisera facilement He Gu (GI4) en tonification et San Yin Jiao (Rte6) en dispersion forte dans cette intention. L’action de mobilisation sur le sang vers le bas et de contraction sur les tissus utérins est par contre interdite autrement !
Autre exemple de précautions à suivre lors de la puncture : l’adomen. Au début de la grossesse, l’utérus a la forme d’une petite orange bien logée entre le rectum et la vessie. Il atteindra la forme d’une grosse pastèque en fin de grossesse. Ainsi pour un déclenchement en post-terme, il est usuel de piquer Zhong Ji (RM3) en sous-cutané et vers le bas sans aucun danger pour l’enfant.
Etc...
